De formation en sciences politiques, Juan Canizares a commencé ses études d’art il y a quelques années en fréquentant de nombreux workshops, des cours et des séminaires qui l’ont conduit à s’intéresser aux artistes conceptuels et minimalistes. Ces références ont d’ailleurs forgé son processus de création marquée aujourd’hui par une maturation notoire résultant notamment de sa résidence à Bruxelles depuis 2013.
Juan est un artiste né dans le nord-ouest Argentin, dans une petite ville où la nature imposante s’acharne à prendre le pouvoir sur les champs ensemencés. Cette présence de la nature est manifeste et apparaît comme un élément clé dans ses premières actions artistiques où le registre photographique jouait un rôle fondamental. Actuellement, le dispositif photographique est la ressource la plus importante dans son travail, même s’il occupe désormais plus de place dans une réflexion sur ses possibilités et ses moyens que sur le simple registre. Ce travail s’inscrit dans une démarche autour de l’interrogation sur la mémoire et sur la grande figure de son oeuvre: la mère, la mère comme origine. Ces questions teignent de subjectivité les opérations néoconceptuelles de Juan et rendent sa production originale.
Parallèlement à ses intérêts artistiques Juan Canizares a également eu une expérience de travail remarquable dans le domaine de la régie d’expositions et dans le service audiovisuel du Musée des Beaux-Arts de Salta, une pratique que lui a donné non seulement des compétences professionnelles dans le domaine des musées mais lui a aussi permis d’être en contact avec des artistes et des institutions au niveau national et international.
La démarche artistique de ce jeune artiste argentin est marquée par une multiplicité d'intérêts qui façonnent une personnalité artistique unique et qui nous permet de croire en un futur prometteur dans l'environnement international.

Andrea Elias
Directeur du Musée des Beaux-Arts à Salta - Argentine



TERCIOPELO/ EXHIBITION # 98/ 23 JANUARY - 5 MARCH 2016

EN/
With great pleasure Rossicontemporary presents Terciopelo (Velvet), the first individual gallery show of Juan Cañizares, an Argentinian artist resident in Belgium since 2013. His conceptual work has developed around photographic documentation that he plunges into the depths, sometimes through collage, sometimes through assemblage, by simple copying or reiteration, or even, as in this case, by subtle pictorial interventions. An examination of family affections, of memories, of their persistence.

(To my parents) / Juan Cañizares
I remember the power my mother embodied, one of those intimate female powers. My father was a huge mountain, very green, dotted with flowers and filled with peace. Together, they resembled a constellation of emotions, drawn from the deepest feelings.
There is something sacred in the private sphere. Something immense that brings us close, like a mirror. A special place where echoes sound and where, I suppose, something sometimes happens. There are not many differences in the light. In the end, this is how I feel.
It is true that feelings are abstract and nostalgias are emphatic. It is perhaps the chronology of amorous encounters that seduces me. This bluish detail in the memory of those landscapes where sometimes an absolute beauty lies. I usually allow myself to speak to her, kissing her voice, to read her letters so as to then recognize one another and choose ourselves, in all honesty.
I have fired the colours with ambition. The gesture is the same, I have repeated it with the same intention, with the same emotion. Sometimes I try to transform the memories into terciopelo (velvet).

FR/
C’est avec grand plaisir que Rossicontemporary présente Terciopelo (Velours), la première exposition individuelle en galerie de Juan Cañizares, artiste argentin résidant à Bruxelles depuis 2013. Son œuvre d’orientation conceptuelle se développe autour du document photographique qu’il met en abîme tantôt par le collage, par l’assemblage, par la simple reproduction ou réitération, voire, comme dans le cas présent, par de subtiles interventions picturales. Une interrogation autour des affections familiales, des souvenirs, de leur persistance.

(À mes parents) / Juan Cañizares
Chez elle, je me souviens de ce pouvoir qu’elle incarnait, un de ces pouvoirs intimes et féminins. Chez lui, il y avait une énorme montagne, très verte, parsemée de fleurs et remplie de quiétude. Ils ressemblaient à une constellation d’émotions provenant des sentiments les plus profonds.
Il y a quelque chose de sacré dans le domaine privé. Quelque chose d’immense qui nous rapproche tel un miroir. Un lieu spécial où l’écho existe et où je suppose qu’il se passe parfois quelque chose. Il n’y a pas beaucoup de différences dans la lumière. Enfin, c’est ainsi que je le ressens.
Il est vrai que les sentiments sont abstraits et les nostalgies emphatiques. C’est peut-être la chronologie amoureuse des rencontres qui me séduit. Ce détail bleuté présent dans la mémoire de ces paysages où repose parfois une beauté absolue. J’ai pour habitude de me permettre de lui parler, d’embrasser sa voix, de lire ses lettres pour ensuite nous reconnaître et nous choisir, en toute honnêteté.Avec ambition j’ai enflammé les couleurs. Le geste est identique, je l’ai répété avec la même intention, avec la même émotion. Il arrive parfois que je tente de transformer les souvenirs en terciopelo.